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samedi 12 novembre 2016

Grandeur du Cameroun

Parler de la grandeur  du Cameroun, c’est  relancer l'idée de conquête d'un empire de liberté et d’autonomie dans un contexte de compétition internationale oppressant pour surmonter cette crise morale qui le touche. Ses dirigeants doivent s’inspirer de ces grands hommes qui voulurent son indépendance et son développement autocentré, et qui seront  les artisans de cette politique fondée sur  un patriotisme mobilisateur des énergies conçu comme le dépassement du nationalisme blessé.
Comme les nations ne sont grandes que par l'activité, il faut dire que  l'idée que le Cameroun doit refaire sa grandeur doit être précisément d'incarner " le peuple élu" de la liberté, d’ autonomie,  et d'avoir vocation à porter l'idéal de diffusion de la pensée camerounaise partout dans le monde. L’idée ici est à la fois politique et morale.
A cet argument politique et moral, doivent naturellement s'ajouter des raisons économiques et géostratégiques.  Les autres ensembles économiques dans le monde  doivent lui fournir des débouchés dans un contexte économique de surproduction,  de montée du protectionnisme ou d’ouverture. Le Cameroun  doit aussi se constituer un réseau d'escales et de ravitaillement pour ses navires.  C’est dire que ce pays doit être une société industrielle, une puissance maritime, et aérienne ou spatiale. I doit maitriser le minimum nécessaire à la défense de ses intérêts.

Le Cameroun doit donc  avoir et développer  une grande politique internationale  en Afrique centrale, de l’ouest, en Asie mais aussi en Amérique du et du Sud.  Il est vrai qu’en Afrique Centrale, il est comme une Ile qu’on rejette par peur de son hémogénie et ses relations avec le Nigéria bien complexes. Mais le Cameroun sera une puissance respectable s’il s’appuie sur son potentiel social, économique, stratégique et diplomatique.

Daniel Tongning

dimanche 2 octobre 2016

Le pont de Nfo’o Nong à Baleveng

 Lorsqu’il descendit du bus qu’il prit à Dschang et qui se dirigeait vers Mbouda, Messa Mo’oh  laissait des voyageurs qui allaient à Mbouda pour les uns et à Bafoussam pour les autres. Descendu du bus, il était devant le dispensaire Saint Kisito. En face, de l’autre côté de la route, il y avait une boutique. On pouvait s’y approvisionner en toute sorte de denrées. C’était bien parce qu’il était au carrefour Fogah.
Il fit quelques achats, du pain en bonne quantité. Il demanda son chemin au Boutiquier. Il voulait aller à Tchouetouh mais devait s’arrêter à Mengnhè (Mingné) pour voir un ami.
Vois-tu, lui dit le Boutiquier. Prends la rue qui monte vers la Mission Protestante. Juste à cent ou deux cents mètres, tu as la route qui va à Tchouétouh. Avant, tu vas traverser la rivière Nkoh Sohk, tu vas monter la côte des soghk, et une fois au sommet, ne prends pas la route qui va à Ndzag mais celle qui te dirigera vers Mengnhè. D’ailleurs il y a une petite plaque qui indique la direction de l’Ecole publique de Mngnhè (Mingné). 
Tu vas descendre vers la rivière Nfo’o Nong. Quand tu auras franchi le pont, tu suivras la route jusqu’à Mèh Kem Tsoboug, Chef-lieu et centre du quartier. L’école sera un peu plus haut et toujours sur la route vers Tchouétouh.
Le pont de Fo’o Nong a une histoire que peu des gens connaissent mais qui est enfouie dans les mémoires des plus anciens. Nfo’o Non c’est en premier lieu un grand lieu dans la spiritualité des habitants de la contrée. C’est un sanctuaire, le lieu de vie d’une divinité dans la mythologie Baleveng. Un temple est érigé non loin du cours d’eau qui porte le nom de Ndou Nfo’o Nong. Le temple que nous avons vu dans notre enfance quand accompagné des parents nous allions au marché du centre Baleveng était couvert de paille, chaume du pays. Devant le temple il y a une cours toujours propre où avait lieu les cérémonies. Tout autour du temple, il y a un bois que nous appelions forêt de Nfo’o Non.  La portion de route qui descend jusqu’à la rivière a toujours été bien entretenue et jamais, je ne l’ai vue dégradée.
Le Pont, était comme partout fait de bambou raphia. Dans les années 1957-1959, lorsque Papa Tayo Joseph apporta une cargaison des tôles et des chevrons pour faire les toits des maisons qu’il construisait chez lui à Mengnhè, il dût les déposer chez MenKem à Ndzag de l’autre côté de la rivière. Il fallut mobiliser les écoliers de Ndzag  et les familles de Mengnhè pour transporter cette cargaison à Mengnhè. Papa Tayo joseph regretta l’absence d’une route pratique qui eût pu permettre au camion de venir déposer les tôles à la maison. Dans les mêmes années, Nkem Tsoboug, notable et prince-régnant de Mengnhè, Officier de Police de profession, était propriétaire d’un camion et lors de ses vacances résolut de faire construire un pont sur la rivière Nfo’o Nong pour permettre aux voitures d'aller  jusqu’à Mengnhè.
Il sensibilisa les notables voisins dont la route Mengnhè-Nkoh Sohk traversait le territoire sur la nécessité de faire une route praticable par les automobiles et mobilisa les hommes et les femmes de Mengnhè pour donner au chemin le gabarit d’une route et le premier pont à Ndou Nfo’o Nong fut construit en 1958-1959. C’était un pont en bois. Le camion pouvait venir jusqu’à Mengnhè. Dans la même période, Moh Kemtio, le Prince-régnant de Mengnhè-Kemtio traça la route Mengnhè-Ndzag. Le camion pouvait emprunter cette route et traverser la rivière Nfo’o Kezang grâce à un ingénieux ajustement des pierres.  Le pont sur de Fo’o Kezang sera construit que vers les années 1970-1980. Lors de la guerre d’indépendance, de fin 1959 à 1962, le pont de Nfo’o Nong ne servit plus aux voitures et se dégrada. Il sera reconstruit sous la houlette de Moh Kemtio comme le fut celui de  Nkoh Sohk. Il est vrai Monsieur Jean Toko, connu aussi sous le nom Kemzang Fokoh réhabilitera le pont de Nkoh Sohk lorsqu’il reprendra la construction de la route qui va de Ndzem tôh Kemzang Fokoh à Suèh-Lahk ou Baleveng centre.
Aujourd’hui, Mengnhè qui se souci du pont de Nfo’o Nong a remarqué la dégradation de cet ouvrage. S’il devient impraticable, il isolera Mengnhè et les populations desservies par la route Nkoh Sohk-Tchouétouh par Mengnhè. Aussi, le Comité de développement de Mengnhè a saisi les autorités de Nkong Néh (Kong-Ni).  
Messa Mo’oh, après avoir écouté les indications du Boutiquier qu’on nomme Mo’oh Sa’ah, s’engagea dans la rue qui conduit à l’école Protestante du Centre et à quelque cent ou deux cents mètres prit à gauche la route qui le conduira à Tchouétouh en passant par l’école publique de Mengnhè. Lorsqu’il traversa le pont de Fo’o Nong, il ne pouvait dire l’histoire de cet ouvrage entouré par une végétation exubérante et surtout des palmiers raphia dont le rôle dans les arts architecturaux et culturels a toujours été primordial. Vous aussi, quand vous traverserez le pont de Nfo’o Nong, demandez-vous quelle est son histoire et le rôle que les populations de cette partie de Baleveng jouèrent pour qu’il fût.

jeudi 28 avril 2016

Avec le Chancelier Peter Agbor Tabi

L’intérêt pour la grandeur du Cameroun voulut que je rencontrasse le Chancelier Peter Agbor Tabi avec qui j’étais en relation à la demande du Professeur Maxime Haubert, Directeur de l’IEDES Paris -1 qui avait souhaité que l’IEDES ait des relations de coopérations avec l’Université de Yaoundé. Un accord avait été négocié et la réorganisation de l’Université de Yaoundé allait modifier la donne. Un mois d’octobre, alors en voyage au Cameroun je me présentais à la Chancellerie de l’Université de Yaoundé pour prendre rendez-vous. J’apprenais séance tenante que Peter Agbor Tabi n’était plus Chancelier mais Recteur de l’Université de Yaoundé-I. Je voyais ma mission se compliquer, mais je voulais rencontrer l’homme avec qui nous avions négocié un accord de coopération universitaire et de qui je reçu pour l’IEDES une réponse favorable pour deux prestigieuses institutions. 
Pour moi, originaire du Cameroun, la mission était exaltante. Pour l’IEDES Paris -1, une bonne chose car en effet, l’Institut voulait, à la fin de sa coopération avec l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, avoir un partenaire en Afrique Centrale. Membre du Conseil d’administration de l’IEDES, et pour l'intérêt de l'IEDES, je pensais naturellement à l’Université de Yaoundé pour son importance et le développement des centres universitaires au Cameroun à l'époque. Le Professeur Maxime Haubert, Directeur de l’IEDES me chargeait du suivi de l’affaire. Avant de dire un mot de ma rencontre avec le Chancelier Peter Agbor Tabi, j’aimerais dire un autre sur l’IEDES Paris -1.
Dans le monde, l'IEDES est avec la Queen Elizabeth House de l'Université d'Oxford, le plus ancien institut d’études du développement. Créé en 1957 lors de la vague des indépendances africaines et asiatiques par le gouvernement français, Il est une entité de l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne. I’ Institut a toujours su adapté avec le temps ses missions de recherches et de formations sur les mondes en développement. L’IEDES que j’ai connu et dont je fus l’un des administrateurs est celui des années 1985-1996. Ce fut la période où, dans un contexte de déclin du bloc de l’Est, de crises d’endettement en Amérique latine et en Afrique, cet Institut préparait les cadres à l'ajustement structurel et abordait avec les années 90, l’ère de la mondialisation qui allait déboucher sur celui de la numérisation.
De 1989 à 1996, le Professeur Maxime Haubert, sociologue, responsable de missions scientifiques internationales, le dirigera et son Conseil d’administration était présidé de 1990 à 1997 par  Alain Ruellan Directeur général de l’ORSTOM de 1982 à 1987. C’est en ma qualité d’administrateur, élu par le collège étudiant de l’Université de Paris 1 que je désirais rencontrer le Chancelier.
Le Chancelier Peter Agbor Tabi de l’Université de Yaoundé avec qui l’IEDES et moi avions correspondu me reçut sans rendez-vous à ma demande. Lorsque je me présentai à l’accueil de la Chancellerie, je disais venir demander un rendez-vous avec Monsieur le Chancelier. La jeune Dame qui me répondu me dit qu’il n’était plus Chancelier mais Recteur de l’Université de Yaoundé I. J’ignorais tout alors du devenir de l’accord. J’insistais et lui disais que j’avais peu de temps à Yaoundé car il est vrai, je devais me rendre à Dschang. Elle me demanda d’aller voir à son secrétariat. A ma surprise le Recteur Peter Agbor Tabi accepta de me recevoir de suite et le fit entre deux étudiants qui attendaient d’être reçus. Je me présentais en deux mots ; lui disais l’objet de ma visite et m’excusais car, je venais seulement prendre rendez-vous puisque je le savais très occupé. Il me dit qu’au contraire il le faisait avec plaisir.
J’évoquais l’accord de coopération entre l’université de Yaoundé et l’IEDES Paris-1. Le Chancelier m’expliqua que tout avait été fait ; que le ministère de tutelle avait donné son accord ; que l’accord avec l’IEDES étaient fort avantageux autant pour les étudiants que pour les professeurs. L’Université de Yaoundé et l’IEDES pouvaient mettre en place des programmes d’échange des professeurs et d’étudiants. Il me remercia et à travers moi ceux des enfants du Cameroun qui, à l’extérieur pensent à leur pays. Il dit ensuite ses remerciements à l’endroit du Directeur de l’IEDES, le Professeur Maxime Haurbert. Il me donna à la fin de notre entretien le nom de l’enseignant qui, à Yaoundé était chargé du projet et de sa mise en place. A la sortie de l’entretien j’eus une prise de vue avec l’enseignant et nous donnions rendez-vous au rectorat pour le lendemain.
Si je peux regretter que le rendez-vous que l’enseignant  ne put honorer notre rendez-vous et que l’accord avec Yaoundé II ait été oublié, je dois dire que le Chancelier Peter Agbor Tabi a été d’une grande courtoisie et très patriote pour avoir tout fait pour que son ministère de tutelle approuvât l’accord.
Au moment où il n’est plus et compte tenu de l’instant que nous eûmes et évoquâmes le projet d’accord, je salue sa mémoire, adresse à la famille universitaire camerounaise mes mots de réconfort et à sa famille mes sincères et cordiales condoléances.

Daniel Tongning
Ecrivain

dimanche 4 octobre 2015

Léopold Sédar Senghor et la Culture Sereer

Cette année, l’Association Cosaan Serer, en partenariat avec l'Association Le lien, mettait à l’honneur la culture sereer. Au moment où je reviens sur cette journée de la culture sereer et surtout à l’hommage à Senghor, le moment qui me marqua fut la table ronde qui ouvrit la soirée. Organisée à l’occasion sous le titre « Senghor et la culture sereer », elle permit aux différents intervenants de montrer combien la relation de Senghor avec l’Afrique trouvait sa raison d'être dans la culture sereer et que, jusqu’à la formulation du concept de négritude et durant sa vie d’homme politique, sa foi de sereer constituera sa source d’inspiration.
L’idée d’une justification senghorienne du fondement de la culture sereer s’imposait comme préalable à la compréhension de sa relation avec l’Afrique (I) et son cheminement culturel et politique celle de ses rapports avec ce continent (II).

I – Culture sereer comme fondement de la relation de Senghor avec l’Afrique

Il s’agit ici, de voir comment le parcours de Senghor puise sa légitimité et sa force dans la culture sereer. Lorsqu’en effet il monte à Dakar pour des études secondaires qui vont le mener au baccalauréat, il est tout naturellement inscrit chez les Pères du Saint Esprit, dont le directeur  n’est autre que le Père Lalouse. Le Père Lalouse, écrit  Souleymane Bachir Diagne,  juge Senghor trop têtu pour être un prêtre. Le père Lalouse refusait en effet que les religions africaines, et donc celle des Sereer, fussent considérées comme de simples religions païennes. Pour lui, c’étaient de véritables religions, des institutions concurrentes qu’il fallait radicalement supprimer pour édifier à leur place la religion catholique et donc remplacer à la fois l’institution religieuse et la foi sereer par l’institution et la foi catholique. Trouvant Léopold Sedar Senghor têtu et donc insoumis, le père Lalouse l’exclut du séminaire. C’est donc à l’école publique qu’il passera son baccalauréat.
Senghor sortait alors d’une trajectoire qui aurait dû le mené à la prêtrise. Si Senghor, l’enfant sereer est en conflit, en quelque sorte avec l’institution catholique, il a gardé la foi en Dieu qu’ont tous les croyants de religion sereer. A bien considérer les choses, on peut dire que l’institution religieuse sereer rentrait en conflit avec sa consœur catholique mais que la foi en dieu était sauve puisque universelle.
Après son baccalauréat, Senghor arrive en France et dans sa quête de la vérité déclarera avoir un problème avec l’Eglise comme institution et pas avec la foi, et surtout pas avec Dieu. C’est en quelque sorte, la première contestation de l’ordre venu d’ailleurs et l’indication que la foi qu’a l’Africain en Dieu est universelle et que l’institution religieuse africaine des origines est une part de la vérité universelle que reconnaît l’église catholique et qui sait être en concurrence avec elle. 
A Paris donc, Senghor découvre le socialisme et les milieux socialistes. C’est le début d’une période où l’ouverture sur l’Europe révèle en Senghor, ou, si l’on veut, lui inspire la conception de la culture de l’universelle. Son travail de conceptualisation des problèmes qui opposent la culture sereer à la culture coloniale va lui permettre de mettre des noms des concepts sur le différend qui l’opposa au Père Lalouse. L’un de ces concepts, comme l’écrira Souleymane Bachir Diagne, sera le socialisme car dit-il, Senghor reste persuadé que le socialisme est une force de libération. S’il ne rejette pas l’institution catholique, il pense que la véritable libération est surtout spirituelle. Comme l’idée selon laquelle le marxisme est en même temps doctrine de la libération et positionnement hostile à la religion lui paraît intenable, Il va tenter de réconcilier les deux dimensions de ce qu’il estime être la libération et recherchera Dieu dans le marxisme, une doctrine qui, à priori, semble justement l’écarter.
Dans sa quête de Dieu et donc de la spiritualité, il dira avoir senti Dieu dans le souffle du socialisme messianique qu’incarnait la pensée de Jean Jaurès, et qu’il le trouva véritablement chez Teilhard de Chardin. Il pouvait dire, au terme de sa quête, que la libération serait à la fois matérielle, physique, socialiste et donc spirituelle. La  spiritualité sereer avait survécu chez Senghor malgré la condamnation du Père Lalouse. Léopold Sédar Senghor, l’enfant du pays sereer, gardait avec raison le lien fondamental avec l’Afrique. Nous avons là, le premier élément fondateur de la relation de Senghor avec l’Afrique.
Le second élément de cette relation va être trouvé dans la confrontation spirituelle du monde sereer et du monde occidental. Ce sera ce qu’on nomme généralement “la culture”. Alors, faire de  la négritude l’esquisse d’une voie de libération contre toutes les formes de réification (transformation en chose) de l’homme noir était une démarche, une approche philosophique de l’Africain de l’existence et d’appartenance de la culture africaine à la grande famille des cultures.
Pourquoi cette conception de la négritude, peut-on objecter. Prendrait-elle corps à l’intérieur d’une inquiétude de Dieu, peut-on aussi se demander. Le Sereer, cet Africain ou ce Noir a peur de Dieu puisqu’il a la foi en lui avant même l’arrivée du catholicisme. Senghor reste attaché au catholicisme. L’église catholique est comme l’institution religieuse sereer, celle qui organise la vie et les comportements. L’Africain a la foi en Dieu parce qu’elle est une force qui permet de se sortir de l’aliénation. Le mot de « réification » est important ici dans la mesure où Il y a, chez Senghor, quelque chose comme une philosophie du mouvement consistant à dire que le Noir, le Nègre comme on disait,  a à se sortir de l’aliénation et donc, à se libérer de tout ce qui l’aliène.
Qu’est-ce que l’aliénation en ce cas si ce n’est la pesanteur matérielle dont il faut se libérer, les circonstances historiques qui sont celles de la domination coloniale si inhumaine ? Contre elle, la libération ne doit-elle pas être à la fois matérielle et spirituelle ? Et la critique de l’institution catholique n’est-elle pas l’affirmation d’une démarche d’indépendance spirituelle qui anime Senghor ? Et cette recherche de l’autonomie culturelle ne conduisit-elle pas le père Lalouse à exclure Senghor du séminaire ? Cette exclusion n’est-elle pas aussi la volonté de la religion colonisatrice d’éradiquer la religion traditionnelle sereer et donc d’aliéner la culture sereer? Comment alors ne pas dire que Senghor a, par son comportement gardé sa relation avec la culture sereer et sa relation avec l’Afrique?
Le troisième élément de ce fondement est le combat. Combattre parfois, c’est essayer de comprendre les raisons de la ténacité de l’obstacle ou du mal qui nous poursuit pour l’affronter armes à la main ou le contourner. C’est la destination même de l’esprit d’aller vers la liberté, mais une liberté créatrice. Pour Senghor, la créativité de cette liberté permet d’affirmer que, la trajectoire créatrice de notre humaine condition consiste à passer de notre état d’homo-faber à un état d’homo-artifex. Ainsi donc, et puisque l’homme-artiste se trouve en fin de compte au bout de la trajectoire de désaliénation de l’être humain, il convient d’affirmer que la négritude, d’une certaine façon pour Senghor, n’est autre chose que cette exaltation de la faculté créatrice, libérée des pesanteurs de la matière et de celles de la mimesis.
Lorsque Senghor écrit son premier texte théorique sur la négritude « Ce que l’homme noir apporte », il s’agit de dire une spécificité sereer, africaine ou noire qui frappait à la porte de l’Europe, elle-même en crise en 1939. Pendant cette période, Senghor et ses amis de la négritude ont sûrement eu du mal à distinguer entre l’affirmation de soi que constituait la négritude, d’une sorte d’opposition racialiste ou même raciste à l’Europe. C’est ce que produira la deuxième guerre mondiale qui leur fera sortir de cette phase en les confrontant véritablement à ce que signifiaient le racisme et la politique racialiste. C’est la raison pour laquelle, peut-on penser, Senghor écrira qu’il ne croit pas en un pan-négrisme et que le seul « pan » qui vaille est celui du pan-humanisme qui affirme une volonté de l’universel. N'était-ce pas sortir l'Afrique de l'isolement et l'inscrire dans l'universel ? Et comment dire qu'il n'a pas œuvré à l'émancipation de l'Afrique ?
On comprend dès lors son acharnement à imposer la culture africaine dans la construction de la culture de l’universel. Comment ne pas placer ce cheminement de Senghor, enfant du pays Sereer, dans ses rapports avec l’Afrique car en effet, l’enfant de Sine-Saloun, ce Serrer-là, est aussi un africain qui, vers les autres civilisations, ouvre les portes et installe son Afrique dans le concert des nations et des civilisations.

II - Les Rapports de Senghor avec l’Afrique

Le regard des Sereer

Il convient ici, d’interroger le regard des Sereer. Maître Senghane SARR, natif de Mbam en pays Sereer, traita avec raison le thème « Senghor et la spiritualité sereer ». Sa démonstration montra combien l’homme s’inscrivait complètement dans la culture sereer et que, c’est en se fondant sur la spiritualité sereer qu’il accomplit ce qu’il fit. Aissatou Dione, une Sereer de Ndianda, se chargea du thème « La Sérénité : un aspect qui particularise les œuvres de Senghor ». Elle en fit une démonstration convaincante et cela permet de relire l’œuvre poétique selon les manières sereer de communication pour comprendre les apports de Senghor avec l’Afrique. Ibrahima Faye, lui aussi sereer mais de Diofior, vit en « Senghor un modèle pour la jeunesse sereer dans le thème qu’il traita. Il éclaira chacun et alimenta ainsi la discussion que les Sereer doivent continuer.
Instruit de la spiritualité sereer, source d’inspiration de Senghor ; de ce que son œuvre poétique est marquée par la culture sereer, influence qu’Aissatou Dione nomme Sérénité, et par le fait que, en se nourrissant de la culture sereer, Senghor soit aujourd’hui un modèle de réussite pour la jeunesse sereer, il fallait aussi voir comment, en Sereer, Senghor a entretenu avec l’Afrique une relation féconde. Cette manière de considérer l’appartenance de Senghor au monde sereer fut une phase importante du débat de la table ronde.
Vint la seconde phase où les autres intervenants apportaient des éclaircissements sur les rapports réels de Senghor avec toute l’Afrique. C’était aussi un moment de la critique de l’œuvre de Senghor le Sereer. C’est Charles Ndiaye, l’enfant de Fadiouth qui s’appliqua à parler de l’enfance de Senghor et de ses rapports avec l’Afrique. On pouvait y lire ce que les contradicteurs de Senghor lui ont souvent reproché. Barthélemy Sène, fils du pays Palmarin en royaume sereer, se chargea du thème « Senghor l’homme politique ». Son propos fut fort intéressant et fit penser à la critique de l'oeuvre politique. On sait combien le parcours de Senghor lui a valu des critiques. Pouvait-il en être autrement? Et tout Sereer qu’il fût pouvait-il se soustraire de la critique même négative parce qu’il était fils du Sénégal ? La vie, son œuvre poétique et son héritage politique est un trésor qui instruira le monde et la société sereer si on considère que dans le Sénégal de tous les temps, la société sereer a des particularités culturelles et une spiritualité riche qui doit être redécouvrir à un moment où le christianisme et surtout l’islam y progressent.
Si, du fondement spirituel sereer de l’existence, puis de la formation de l’homme jusqu’à son rayonnement politique, les intervenants ont montré un homme dont la culture sereer n’a jamais quitté, même pendant les durs moments de son cheminement dans le monde, et que la culture serrer soit restée pour lui une source d’inspiration, mes amis Sereer me voulurent partenaire pour que j’apportasse mon point de vue sur le sujet, et prirent soin d’indiquer qu’ils voulaient que le point de vue d’un étranger à la culture sereer éclairât davantage et objectivement les jeunes sereer sur le rayonnement de leur culture.

Point de vue de l “Etranger” à la société Sereer

Lorsque je pris la parole, il me sembla que les rapports de ce Sereer avec l’Afrique se traduisaient d’abord par son appartenance au monde sereer, puis, par sa défense de la culture sereer et africaine et enfin par sa volonté d’éclairer le monde sur la contribution de l’Afrique dans le développement de la culture universelle.

Les rapports d’appartenance d’abord:

Senghor est pour l’Afrique, le fils que lui a donné la famille sereer. Il est élevé dans la culture sereer et épouse, dans le domaine de la spiritualité, la foi en Dieu selon la culture sereer. Si Senghor, ce sereer, est envoyé à l’école occidentale et ce dans le cadre de la foi chrétienne que l’Eglise catholique symbolise, c’est parce que, la foi sereer s’inscrit dans l’universel et se trouve aussi dans la spiritualité universelle. La conflictualité entre la spiritualité sereer et la spiritualité catholique est, du point de vue de Senghor une affaire d’institution et non de foi. La différence entre le monde colonial et le monde sereer se trouve dans les institutions qui organisent la pratique spirituelle.
Aux sources de la culture et de l’histoire sereer, il y a des lieux vivants de la sagesse traditionnelle ; des lieux d’initiation, des bois sacrés et des sanctuaires, haut-lieux de l’histoire politique et religieuse. Pour faire fonctionner l’ensemble, il y a  les détenteurs de cette sagesse comme les Maîtres d’initiation Gelwaar et Diali qui vivent sur les « ruines » des anciennes capitales aujourd’hui disparues, les Diaraf, héritiers des anciens Lamanes, derniers maillons de la chaîne des ancêtres. Il y a aussi les Voyants et Guérisseurs, détenteurs de dons utiles à leur groupe, tous convaincus d’être les gardiens du grand « Livre » de la sagesse séreer ». 
Ainsi dit, la question de la religion authentique sereer, celle que le christianisme et l’islam ont tenté d’éliminer, se pose comme problème au bienfondé même de la colonisation. Les religions chrétienne et musulmane ne viennent pas en pays sereer s’allier à la religion sereer. Elles viennent pour la remplacer et instaurer un nouvel ordre culturel. Aujourd’hui, la bataille se déroule entre le christianisme et l’islam et la question pour les défenseurs de la culture traditionnelle sereer est de savoir si elle doit être modernisée pour rester et faire vivre son ordre culturel. En colonisatrices, les nouvelles religions savent qu’elles ne viennent pas enseigner Dieu que les Sereer connaissent et servent déjà mais, pour éliminer du monde la spiritualité sereer.
La question de l’organisation institutionnelle et ecclésiastique dans la religion sereer se pose au regard de ses consœurs chrétienne et islamique. Dans sa religion, le Sérère croit en un Dieu créateur, Roog ou Roog Sen, qui signifie Dieu omniscient et omnipotent. Pour la fonction du clergé, les Sereer s’adressent directement à Dieu (Roop) et le bénissent directement sans recourir à un professionnel qui serait le Prêtre ou l’Imam. Ils peuvent aussi passer par des lieux saints qui sont différents d'une famille à l'autre et symbolisés soit par le pied d’un arbre, un fleuve, et n’ont pas besoin des grandes bâtisses comme les églises et les mosquées. Les prières sont aussi adressées aux ancêtres à travers les Pangol qui sont les intermédiaires entre le monde des vivants et le divin. Pour le Sereer fidèle à la spiritualité ancestrale, l'âme des ancêtres sanctifiés reste en interaction avec les vivants, depuis sa demeure divine.
Pour le corps du clergé, les Pangol sont soit des personnages ayant marqué l'histoire du peuple, un roi/reine, ou chef de village disparu, que toute la communauté célèbre, en rapport avec sa vie exemplaire sur terre et en parfaite adéquation avec les recommandations divines, ou bien un être cher disparu, que l'individu honore par respect. Les ancêtres sont aussi des Saints et intermédiaires. On rend hommage aux ancêtres par des prières mais aussi par des sacrifices, des chants, festivités.
Dans l’organisation de l’institution religieuse et ecclésiastique, il y a aussi le totémisme animal, car chaque famille, selon son patronyme, sera liée à un animal ou végétal totem. Les hommes comme les femmes peuvent être initiés. Le Khoy ou "miiss", événement religieux réunissant les grands initiés Saltigué, consiste en une cérémonie annuelle, dont la durée est généralement de plusieurs jours, où les initiés, qui sont devins et guérisseurs, livrent leurs prédictions à la société, en ce qui concerne les futurs phénomènes météorologiques, politiques, économiques.
La spiritualité sereer est très marquée par l'ésotérisme, et l’organisation cléricale du type chef spirituel que l’on nomme Saltigué, passe par l'initiation qui, ici, est une obligation. De ces mots, on déduit l’organisation du clergé et de l’institution religieuse sereer que l’on opposera à l’institution religieuse chrétienne ou musulmane dans la compréhension du cheminement de Senghor dans la recherche spirituelle. L’église catholique pour les colons, doit remplacer l’institution religieuse sereer, son concurrent. Or, comme la foi est universelle, le sereer est culturellement ouvert aux autres cultures et notamment à la culture française et à la foi chrétienne puisque, dieu étant unique, il ne peut y avoir qu’une foi. L’entrée de Senghor à l’école catholique est en quelque sorte une ouverture de la spiritualité sereer à celle du colon. C’est aussi une marque de tolérance et de curiosité à la fois de la culture Sereer, et d’ouverture de celle-ci aux choses de la vie dans le monde judéo-chrétien. Alors que les pères de l’école chrétienne cherchaient à bannir en lui ce qu’il a en lui d’africain, Senghor conserva sa foi et Dieu et rejeta l’institution catholique et ne sera pas prêtre. On peut dire que sa résistance au colonialisme culturel commence ici et que son combat pour réussir dans le monde colonial sera une défense de l’Afrique comme culture et comme une partie de la vérité universelle qui trouve sa raison d’être dans sa spiritualité.

De la défense de l’Afrique ensuite:

A l’école française, Senghor découvrira autant le meilleur que le pire mais, retiendra le meilleur parce qu’il découvrit que les peuples colonisateurs, comme tout peuple conquérant ne possédait qu’une part de la culture universelle et que l’Afrique, bien que dominée et asservie avait dans le concert des civilisations toute sa place, une place que personne ne pouvait contester voire lui enlever et qu’au contraire, elle y apportait quelque chose: Ce que l’Afrique apporte, dira-t-il. C’est aujourd’hui le problème de l’Africain qui doit, pour une nouvelle approche de son développement, revenir à la spiritualité africaine rénovée pour une nouvelle approche des relations avec les autres parties du monde.
Comme il a la foi, Senghor remarqua la faiblesse de l’institution catholique et l’on peut dire que la foi en Dieu des sereer et la connaissance de l’institution religieuse sereer, indirectement, se confrontait à la nouvelle institution qui véhiculait alors la foi dans la nouvelle religion catholique au Sénégal, ce qui déterminera son combat : la défense de la culture africaine, ou plutôt, montrer ce qu’apporte l’Afrique. Ses œuvres comme me fait dire Aissatou Dione sont d’une sérénité affirmée et permettent d’y reconnaître son africanité.
Lisons les œuvres de Senghor: Sa poésie n’est-elle pas écrite comme on chante en pays sereer ? Et ne parlait-il pas cette langue plus que les jeunes sereer d’aujourd’hui? Qui mieux que lui a parlé de l’Afrique dans l’universel, et n’a-t-il pas mis en prison un de ses brillant compatriote parce qu’il le voulait chercheur et qu’il fût celui qui défend la culture au moyen de la recherche et pour que cette Afrique fût mieux installée dans les mémoires ?
L’installation de l’Afrique dans le concert des cultures est une démonstration de l’apport de l’Afrique à la culture universelle. Ici naît sa détermination à défendre l’Afrique et donc, dire ce qu’apporte l’Afrique au monde. Il  met l’honneur à montrer ou à faire découvrir l’art et la culture africaine. La tradition littéraire orale africaine est opposée à la tradition littéraire écrite de l’occident et le subjectif africain opposé à l’objectif européen pour montrer  deux procédés culturels autonomes mais participant au mode culturel universel. L’art et la poésie sont utilisés pour favoriser l’identification et éclairer la compréhension de la philosophie africaine. Dans la défense de l’Afrique, le Politique qu’il était, montrera qu’au-delà de l’art capitaliste de la gouvernance, le socialisme trouvait dans la gestion africaine de l’Etat son équivalent : le socialisme africain.
Le rapport d’installation de l’Afrique dans le cercle mondial des civilisations, c’est d’abord l’affirmation de l’africanité, l’imposition ou la préconisation du débat sur le dialogue des cultures. La francophonie comme outil, mais surtout comme un chantier participe à la mise en application d’une politique d’intégration de l’Afrique dans le cercle mondial des cultures. Comment cela?
Au moment où le capitalisme et le marxisme se partage le monde, Senghor se tient à l'écart des idéologies marxiste et anti-occidentale bien populaires dans l'Afrique postcoloniale. Il favorise le maintien de liens étroits avec la France et le monde occidental. Beaucoup y verront une contribution à l’assujettissement de la nouvelle Afrique au monde impérialiste. Si Senghor retient certains éléments de la pensée de Marx, il juge le marxisme, les concepts d’athéisme  et de lutte des classes contraires à la tradition africaine qui au contraire, est faite d'unanimité et de conciliation. Dans l’approche culturelle des relations avec le reste du monde, il préférera la démarche spiritualiste inspirée de Pierre Teilhard de Chardin et théorisera une « voie africaine du socialisme » qui, d’après lui, assurerait aux Africains l'abondance tout en développant les forces productives.
Dans son affirmation de l’homme noire, son socialisme n’est pas communiste et n’épouse que le concept de négritude et la réflexion sur l'essence de l'africanité. Sur le plan économique, l'élément important du socialisme senghorien trouve sa traduction dans les coopératives villageoises qui marient traditions africaines et les valeurs démocratiques. Sur le plan international, l'objectif du socialisme africain doit être, après avoir réussi la décolonisation, de parvenir à une « décolonisation culturelle et économique » et à l’élimination du système impérialiste qui pèse sur les pays africains.

Si on devait conclure :

Je dirai deux choses qui viennent à l’idée. La première est que Léopold Sédar Senghor, inspiré par la culture sereer et la spiritualité sereer, sera tout le long, cet Africain qui montrera au monde que l’Afrique avant toutes invasions a une foi en Dieu portée par des institutions religieuses sereer ou africaine, et permettra à quiconque veut connaître l’Afrique que les institutions religieuses chrétienne et musulmane, sont récentes en pays sereer et en Afrique. Par sa volonté de monter au reste du monde la culture et les Arts nègres et le Théâtre de Dakar, et par ses écrits, immenses réalisations, il montre une Afrique combattant et détentrice d’une part de vérité universelle.
La seconde est qu’avec le temps, que pouvons-nous apprendre de son héritage? En littérature d’abord, dans l’élaboration des politiques de gestion des affaires publiques, et qu’ensuite, et plus généralement, comment par la seule culture africaine les générations actuelles et futures, peuvent-elles s'appuyer sur l’approche de Senghor des relations avec le monde et sur les idées de Senghor pour façonner et influencer en faveur du monde africain le reste du monde ?

©Daniel Tongning, octobre 2015

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Quelques références:
Léopold Sédar Senghor, Ethiopiques, revue créée par Senghor en 1975
Léopold Sédar Senghor, Liberté 1: Négritude et humanisme, Paris, Editions du Seuil, 1964
Léopold Sédar Senghor, Liberté II: Nation et voie africaine du socialisme, Le Seuil, 1971

Léopold Sédar Senghor, Liberté III: Négritude et civilisation de l’universel, Paris, Editions du Seuil, 1977.

dimanche 20 septembre 2015

Les Seychelles, ce pays…

Les Seychelles, ce pays, cet archipel nacré,
Extraordinaire théâtre sur la mer posé, îles aimées,
Iles au trésor, vous êtes le pays à la plage de sable blanc.
Pays merveilleux, vous exposez des rochers polis
Qui prennent la pose, faisant croire au travail
D’un artiste japonais, alors que c’est celui de mère nature.

Les Seychelles, tableaux naturels incroyables,
Que montrent les criques, les grèves et des anses
Délicatement dessinées par le sable éclatant,
Biffées de palmiers naturellement penchés
Comme de traits de crayon dans un paysage
Offert pour le bonheur des visiteurs
A la recherche des mondes merveilleux.

Les Seychelles, pays entouré d’une mer revêtue,
A l’heure voulue, de parures diversifiées,
Allant de la couleur  turquoise, vert céladon,
A d’autres comme les fuchsias et ainsi de suite,
Charment le visiteur ébloui et enchanté
Qui, en extase, fait sortir de sa bouche
Des « mercis » et des « incroyables …»

Les Seychelles, pays aux peuples d’origines divers,
Pays avec lui-même réconcilié, libre et uni,
Fièrement enraciné dans son insularité,
Qui se drape fièrement dans le créole,
Culture d'une société heureuse ;
Une société multiple et vivante,
Fière de sa civilisation maintenant par tous reconnue.

Le Seychelles, société où chaque composante,
En harmonie avec les autres se veut productive et solidaire
Est le pays de la diversité où les peuples ont en partage
L’expression de  la libre opinion.
Les Seychelles, pays ancré sur ses valeurs traditionnelles,
Est uni par un destin partagé que choie une nation unie.

Nation qui de son espace a éliminé l'instabilité,
Sortie de l'arbitraire et des pièges de la division 
Pour n’être plus qu’un pays à la grandeur acquise,
N’est pas seulement un grand peuple par ses qualités,
Une nation de la diversité d’opinions et de croyances,
Mais une nation et un pays en marche, et jaloux de leur liberté.

Daniel TONGNING, Revue Littéraire Seychelloise n°14 de décembre 2015. 

samedi 1 août 2015

Remontants Psychologiques

La vie, on le sait, est un combat. On ne se lève pas le matin en se disant qu’on va à l’échec. On entre dans la vie pour relever des défis, quel que soit ce qu’on fait. Pour cela, le projet qu’on veut réaliser suppose qu’on fasse des sacrifices. Affectivement, on a besoin d’un remontant psychologique alors, on exige des autres leur confiance au comportement qu’on affichera au motif qu’on va réussir ; qu’on a foi en soi et qu’on croit à ce qu’on veut faire. Qu’est-ce donc que la confiance, et pourquoi faut-il faire confiance parce que notre partenaire aurait dit avoir la foi en ce qu’il veut entreprendre ?
1)- La confiance
Pour une action donnée, nos comportements se révèlent être la validation empirique des intentions que nous avions dès la première pensée. Comme pour nos activités sociales et professionnelles actuelles ou futures, nous aurons besoin de la confiance des autres pour avancer ou pour réussir les projets qui nous animent. De même, nos partenaires ou ceux qui voudrons nous avoir pour collaborateur pour la réalisation de leur projets, voudront avoir confiance en nous. La notion de confiance ici s’avère être très importante et le problème est de savoir pourquoi, plus que tout, les autres et nous, voudrions pour un engagement nous assurer que la confiance est là et sert de fondement à la collaboration.
A bien observer les gens dans la vie de tous les jours et surtout professionnelle, le besoin de confiance des autres relève de la recherche d’un remontant psychologique. La notion de confiance dans ce sens, mérite en un regard particulier. La confiance n’est pas banale. On en use sans généralement savoir pourquoi et on en a besoin et pour quelle raison on se comporte à son égard comme si elle était un élément fondamental de la vie. Les Philosophes, les psychologues et chercheurs en sciences sociales se sont saisit du sujet et ont voulu en savoir davantage. Il en découle que la notion de confiance doit être entendue comme un état psychologique qui se caractérise par l’intention d’accepter sur la base des croyances optimistes que l’on a ou suppose sur les comportements actuels et à venir, ou, si on veut, sur les actionnions actuelles ou à venir du collaborateur.
N’entend-t-on pas, dans les négociations tel ou tel dirigent dire à son partenaire qu’il a toute confiance en telle personne ? Et n’est-ce pas inviter ce partenaire à avoir à son tour confiance en cette personne seulement sur la base de sa foi en lui ? Et c’est ici qu’apparait ce second terme : la foi

2) Avoir la foi
Le concept de foi est le plus souvent rattaché aux religions. Elle y désigne la conviction en la véracité d'un ensemble de croyances. Or, dans le langage courant, le mot foi désigne aussi l'état d'esprit qui conduit à croire une chose en l’absence de toute preuve. Avoir confiance ou donner sa confiance relèverait de cette conviction. Dans nos comportements, la recherche d’un remontant psychologique conduira à rechercher la confiance ou à fonder notre réussite en la croyance que nous allons réussir une chose ou un projet.
Cette manière de procéder est propre à tous les peuples. Dans la tradition philosophique (orale) Yemba, le mot « agho pu’up » que l’on peut traduire par « c’est ainsi », exprime la certitude des choses qu’on ne peut démontrer ; des choses qu’il faut accepter comme elles sont car vraies. Ici la foi n'a aucune connotation religieuse. Dans la tradition philosophique grecque, Platon fait de la foi un des modes de connaissance du réel et Aristote y voit l'adhésion qu'un orateur fort persuasif et bien talentueux, peut obtenir de son auditoire.
Au total, l’exigence de la confiance et l’expression d’une foi sans faille n’est que la recherche d’un remontant psychologique sans lequel l’entreprise cours à l’échec. Si avoir confiance c’est adopter un état psychologique qui se caractérise par l’intention d’accepter sur la base des croyances optimistes, on peut dire que la recherche d’un remontant psychologique se double de la foi de telle sorte que, avoir confiance, c’est avoir la foi et donc croire que ce que l’on veut faire, le sera et qu’il faut se donner le moyen et donc avoir l’audace. La confiance ayant besoin de la foi pour être dynamique, ne faut-il pas convenir que, théoriquement, on a un modèle où la foi est l'engagement d'une relation de confiance entre deux personnes et que cette relation doit s'entendre au sens actif ?
Daniel Tongning

dimanche 10 mai 2015

Le complot nigérian ou la révolte camerounaise

A la sortie de la réunion de Paris organisée par le chef de l’Etat français, le Président camerounais déclarait au monde que le Cameroun était en guerre contre Boko Haram. Rien ne l’obligeait à faire une telle déclaration. Mais, on comprit que le Nigéria qui, selon certaines langues avait demandé l’organisation de cette réunion, rendait responsable de Cameroun de son échec face à Boko Haram, au motif que le chef de l‘Etat camerounais refusait à l’armée nigériane, le droit de poursuivre Boko Haram sur le territoire camerounais. Voilà le Cameroun pris au piège nigérian et sous la pression de ses voisins et de la France.
Nul, à ce moment-là ne donnait au Cameroun quelque crédit quant à sa capacité à se sortir du piège tendu par le Nigeria. De même, personne ne pensait que ce pays pût résister seul à Boko Haram et à la pression du Nigéria qui, après avoir formé avec le Niger et le Tchad une force commune, et convaincu la France de convoquer le chef de l’Etat camerounais à Paris, avait réussi à isoler le Cameroun.
Accusé de connivence avec Boko Haram, le Cameroun était, dans cette région d’Afrique, le maillon faible. La question de la déstabilisation du Cameroun était posée (I) et on se demandait quand sonnera son réveil (II).
I – La déstabilisation
Le Tchad, le Niger et le Nigéria, en allant à la réunion de Paris, étaient unis pour la même cause. Le Nigeria en voulait au Cameroun pour n’avoir pas envoyé de contingent à la force internationale constituée par les Pays du bassin du Lac Tchad et commandée par le Nigeria (A). Il ne lui pardonnait pas d’avoir refusé tout droit de poursuite sur le territoire camerounais (B).
A - Le complot
Lorsque le chef de l’Etat camerounais déclara que son pays était en guerre contre Boko Haram, et lorsque Boko Haram dirigea ses combattants contre le Cameroun, on regardait avec curiosité ce pays affronter sans s’effondrer l’armée de Boko Haram. Même lorsque, par une espèce d’entente, l’armée nigériane, mettant ses bases et de l’armement à la disposition de Boko Haram, feint de s’en fuir et se réfugia tant au Cameroun qu’au Niger, on vit que le Cameroun hébergea les contingents fuyards de l’armée nigériane, soigna ses blessés, les escorta chez elle, et rendit au Nigéria les soldats morts et leur équipement. Le Cameroun ne fut en aucun cas pris en défaut de belligérance contre le Nigéria.
Lorsque l’armée camerounaise voulut poursuivre Boko Haram, armée du Khalifat devenu Etat voisin des pays riverains du Lac Tchad sur les territoires que l’Etat du Nigéria lui a laissé, Le gouvernement nigérian interdit à celle-ci toute action contre la secte sur ces territoires-là. Lorsque le Nigeria, vaincu par le Califat de Boko Haram fit partir par son comportement les contingents nigérien et tchadien, et offrit du même coup la base de Garga à Boko Haram, personne ne comprit la stratégie du Nigéria. On imagina que, dans l’affaire, le Niger et Tchad avaient été trompés par leurs partenaires nigérians. Le monde découvrait, non seulement l’inadéquation du comportement nigérian, mais aussi que Boko Haram avait créé au Nord du Nigeria sans ou avec le consentement de celui-ci, un Etat (Khalifat) qu’il administrait désormais ; que cet Etat devenait de facto le voisin du Cameroun, du Niger et du Tchad, mais alliés du Nigeria dans l’administration des souffrances aux populations et aux Etas voisins.
Le Khalifat, Etat illégal, clandestin mais allié du Nigéria contre les voisins du bassin du Lac Tchad, personne ne le dit mais le soupçonne puisque leur déstabilisation s’installait. Le président nigérian Goodluck Jonathan se tut, manœuvre contre ses voisins et trichant avec l’opinion international. Avec Niger et le Tchad, il conclue un accord d’assistance mutuelle qui permet à ces deux pays d’intervenir dans le Khalifat dirigé par Boko Haram, mais exclue son concurrent camerounais.
Surpris en flagrant délit de complicité avec Boko Haram, le gouvernement nigérian pouvait dire : Nous avons «sous-estimé le groupe islamiste armé Boko Haram, qui multiplie depuis six ans les attaques meurtrières dans le nord-est du pays.» Qui peut penser ou accorder du crédit à ce propos sauf si on considère qu’il s’agit d’un mea culpa ? Qui peut croire que ce grand pays, le Nigéria a « sous-estimé les compétences de Boko Haram, même si son Président prend à témoin beaucoup de responsables sécuritaires qui auraient, eux aussi, fait des déclarations minimisant Boko Haram et sa capacité à conquérir des territoires ?
II – Le réveil camerounais
Après la réunion de Paris, le Cameroun joignait la parole à l’action et depuis, se bat victorieusement, et n’eût été l’interdiction du Nigéria de poursuivre Boko Haram sur ses terres, l’armée camerounaise serait allé les chercher dans leur retranchement. Le réveil camerounais avait été sonné. Mais, ce réveil n’est pas seulement sa prise de conscience du danger Boko Haram, et son entrée en guerre contre la secte marque le tournant autant contre Boko Haram que contre le Nigeria. C’est aussi le rappelle que la loi internationale seule ne fait pas reculer le Nigeria et qu’il faut opposer à sa brutalité une autre.
Après le refus de poursuivre l’ennemi sur le territoire du Khalifat, la technique du contournement de l’interdiction s’imposa et marqua un autre tournant dans la recomposition des alliances : L’entente avec le Tchad qui a ce droit de poursuite, la mobilisation des forces internes et externes au Cameroun, et la détermination du gouvernement camerounais à montrer que le Cameroun est un allié, une force sur laquelle les nations combattant pour les droits humains, la liberté des Etats et la communauté internationale peuvent compter.
Floués tous les deux par l’attitude du Nigeria, le Cameroun et le Tchad s’allièrent. Le Cameroun reçut un contingent de l’armée tchadienne, et les deux pays préparèrent la chasse des « islamistes de la ville nigériane de Gamboru (Nord-Est), tombée aux mains de Boko Haram neuf mois plus tôt.
Pour contourner l’interdiction du Nigeria, le Cameroun prépara avec son allié le Tchad à Fotokol, le franchissement de la frontière du Cameroun avec le califat de Bornou. L’armée tchadienne, soutenue par l’armée camerounaise entrait pour la première fois au Nigeria pour combattre l’armée du califat en vertu du «droit de poursuite, un accord entre Ndjamena et Abuja ». Le Cameroun réussissait ainsi le contournement de l’interdiction nigériane à l’armée camerounaise de traverser sa frontière.
Le réveil du Cameroun a mis du temps mais il n'est jamais trop tard pour se ressaisir. Les Camerounais ont vite compris que c'était à eux de décider de leur destin et non pas à l'élite occidentale. Mais, ils n’ont pas encore compris qu’il ne faut jamais laisser les ressortissants nigérians envahir les terres camerounaises. Ils se rendent compte que seule la diversification des partenariats peut mettre le Cameroun à l'abri d'une certaine dépendance ; que la maitrise d’un minimum de technologie et de l’industrie nationale est nécessaire au pays. Ils ont aussi que la domination ne procède pas toujours par des actions directes mais, qu’elle pouvait procéder par sournoiserie et que Boko Haram est l’instrument d’une telle action.
Mais il faut noter que le réveil ne concerne que le conflit et la manière d’y mettre un terme. Le déficit camerounais réside dans son absence de politique frontalière alors que les villes comme Darak sont économiquement Nigériane. Le Cameroun a surtout montré qu’il n’avait pas la maîtrise des villes frontalières et le Nigéria et Boko Haram sont victorieux car, ils ont réussi et faire créer des camps en territoire camerounais. C’est la conquête économique qui est ici visée et le Cameroun perdra cette bataille-là s’il ne met pas en place une véritable politique frontalière et une politique de développement de ces zones-là.
En se réveillant, les Camerounais ont appris qu’on est dans une époque où une puissance, pour soumettre un autre pays, n’a plus besoin d’une guerre directe et totale. La déstabilisation et recours aux forces obscures et la guerre asymétrique constituent le moyen insoupçonnable.
Dans le cas du Cameroun et à l'heure où ce pays a relancé sérieusement la diversification de ses relations extérieures, chaque Camerounais doit avoir la certitude que les anciennes comme les nouvelles puissances coloniales, ne pourront pas atteindre leurs objectifs néocolonialistes aussi facilement qu'ils le souhaiteraient en se donnant les moyens de leur indépendance.
Le Cameroun a reçu le soutien de plusieurs puissances, dont la Chine, la Russie, la Turquie et le Tchad. C’est bien mais a-t-il compris les vrais problèmes qui sous-tendent sa relation avec le Nigéria ? A-t-il compris qu’il doit se construire en tant que puissance autonome ? A-t-il pensé à se constituer une technologie, une industrie et une politique active des frontières et du voisinage, pour pouvoir produire le minimum de politique internationale et d’équipements pour une armée qui pourra servir autant la nation camerounaise que l’Afrique et les nations unies ? Les Camerounais doivent comprendre aujourd’hui que faire du Cameroun de demain une «puissance qui compte" n’est pas blâmable car il s’agit de la souveraineté d’une nation qu’il faut sauvegarder.

Daniel Tongning